Wajima et son marché du matin : l’âme d’une ville qui refuse de mourir

Marché du matin au Japon

Wajima est une petite ville portuaire à l’extrémité nord de la péninsule de Noto. Environ 25 000 habitants, une côte déchiquetée, des ruelles qui sentent le bois laqué et le poisson séché. Ce n’est pas une destination touristique au sens habituel du terme. C’est une ville qui vit.

Ou plutôt : une ville qui a choisi de continuer à vivre.

Le marché du matin — 朝市

Tous les matins depuis plus de mille ans, la rue principale de Wajima se transforme en marché. Des centaines d’étals tenus presque exclusivement par des femmes — les asa-ichi — qui vendent des légumes du jardin, des poissons pêchés la nuit, des condiments faits maison, des lacques. On appelle ça la Wajima Asaichi. C’est l’un des trois plus célèbres marchés du matin du Japon, avec plus de 1 400 ans d’histoire.

Il ouvre à 8h. Il faut y être avant les touristes, avant que la lumière monte trop, quand les vieilles dames installent encore leurs caisses sur la chaussée en discutant à voix basse. C’est à ce moment-là que la ville se montre telle qu’elle est.

La laque de Wajima — 輪島塗

Détail de laque Wajima

Wajima est aussi — et peut-être surtout — la capitale mondiale de la laque. La Wajima-nuri se fabrique en 124 étapes. Pas 10. Pas 50. Cent vingt-quatre. Chacune est un métier à part entière, passé de génération en génération dans des ateliers qui n’ont presque pas changé depuis le XVIIe siècle.

La particularité de la laque de Wajima : elle mélange à la laque de la jinoko, une poudre extraite de la terre argileuse d’Ishikawa. Ce mélange crée une base d’une résistance exceptionnelle — une pièce bien entretenue dure trois générations. C’est pour ça qu’au Japon on dit que la laque de Wajima n’est pas un objet de luxe, c’est un outil de vie.

Elle a été choisie comme cadeau diplomatique au sommet du G7. Elle figure dans les collections permanentes du Musée des Arts Décoratifs de Paris.

Le 1er janvier 2024

Le séisme de magnitude 7,6 a frappé Wajima de plein fouet. Dans les minutes qui ont suivi la secousse, un incendie s’est déclaré dans le vieux quartier du marché. En quelques heures, deux cents maisons ont brûlé. Le cœur historique de la ville — celui où les familles de laqueurs travaillaient depuis des siècles — a disparu.

Des artisans ont tout perdu. Leurs outils. Leurs archives. Leurs moules de laque transmis par leurs grands-pères. Certains ont quitté Wajima. D’autres sont restés.

La reconstruction

Le marché du matin a réouvert. Pas au même endroit — la rue principale est encore en travaux. Mais il a réouvert. Les asa-ichi ont replanté leurs étals ailleurs, dans une rue parallèle, avec moins de stands et plus d’espace entre eux. La ville s’adapte.

Des ateliers de laque ont repris. Certains depuis des locaux provisoires. D’autres depuis des garages réaménagés. La jinoko est toujours là, dans la terre d’Ishikawa. Le savoir-faire aussi, dans les mains de ceux qui ont choisi de rester.

Aller à Wajima aujourd’hui, c’est traverser une ville en chantier. Mais c’est aussi voir quelque chose qu’on voit rarement : une communauté qui décide collectivement de ne pas laisser disparaître ce qu’elle est.

La laque de Wajima fait partie de notre collection Noto. Pas encore en ligne — nous travaillons directement avec des artisans pour vous proposer des pièces qui ont survivé, ou qui viennent d’être recréées.